André Chamson, Résister !

« J’ai donc toujours été dressé contre, rebelle, camisard, maquisard. Et si on me demandait de dire ce qu’a été ma recherche, mon espoir, je dirais que j’ai toujours cherché à travers les contradictions les voies et moyens d’établir un accord entre moi et le monde. » André Chamson, Il faut vivre vieux Né à Nîmes le 6 juin 1900, André Chamson grandit entre trois villes : Nîmes, Alès et Le Vigan. Son enfance est marquée par l’insécurité financière causée par les entreprises malheureuses de son père, mais aussi par la stabilité apportée par sa grand-mère maternelle. C’est elle qui lui transmet la foi protestante, les récits des Camisards et l’ancrage dans les Cévennes. L’Aigoual devient le territoire de son imaginaire. C’est dans les hauteurs cévenoles, au col de la Lusette, que Chamson est enterré en 1983, près de son épouse, Lucie Mazauric, décédée quelques mois plus tôt. La tombe, en retrait sur une corniche, surplombe la vallée de Taleyrac. Tout autour : l’horizon. Romancier, essayiste, conservateur du patrimoine, officier supérieur de la brigade Alsace-Lorraine, membre de l’Académie française, président du PEN Club international (avant lui, à ce titre, il y eut H. G. Wells, Jules Romains, Maurice Maeterlinck…), directeur des Archives nationales, Chamson a eu plusieurs vies. Il a traversé le xxe siècle en défendant des principes humanistes par son engagement intellectuel et dans une œuvre littéraire toujours rééditée, sans doute de façon trop confidentielle. Il n’est guère un auteur de folklore. Il y a du style sous sa plume et il lie les racines locales à l’idéal universel. Le dialogue avec les traditions refuse le conformisme, l’ancrage culturel nourrit sa détermination à résister, en prônant, dans chaque livre, la liberté. Le destin de cet écrivain prend son souffle dans une enfance montagnarde et s’épanouit à Paris avec les amitiés et les responsabilités – en temps de paix, en temps de guerre –, puis le monde « devient [sa] paroisse », car le destin national rayonne à l’étranger. De Roux le bandit, le premier roman publié à 25 ans, à Il faut vivre vieux, réflexion bienveillante publiée à titre posthume, en passant par Le Puits des miracles, le roman de la maturité coïncidant avec l’Occupation et la guerre, les mêmes convictions, généreuses et exigeantes, interrogent notre disponibilité à être ce qui fait de nous des hommes, et à vivre dans la dignité. Dessin de Paul-Émile Bécat, 1928. André Chamson, parcours d’un humaniste au xxe siècle 13

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