RÉSISTER ! André Chamson Micheline Cellier | Patrick Cabanel | Eddy Noblet | Guillaume Boppe Préface de Pascal Ory de l’Académie française
Préface de Pascal Ory de l’Académie française « Entendre sa voix singulière »
J’ai rencontré André Chamson à trois reprises, qui sont pour moi, avec le recul, comme autant de signes. Au printemps 1966 – j’avais alors dix-sept ans –, au siège des Archives de France, hôtel de Soubise, je recevais de ses mains l’un des prix distribués cette année-là dans le cadre d’un concours du « Jeune historien de France ». Je ne dirai pas que cette distinction est à l’origine de ma vocation, mais elle l’a certainement affermie. Début septembre 1970 je me retrouvais face à lui à l’ombre – ou à la lumière – du mont Aigoual, au milieu d’un groupe d’adolescents qu’il acceptait de rencontrer, pour un long entretien sur sa vie et son pays. La date est assez précise, pour une raison qu’il est, par ailleurs, loisible de surinterpréter : Chamson avait ouvert la discussion en nous apprenant, sourire en coin, qu’il aurait dû être ce jour-là à Paris, aux obsèques de son confrère François Mauriac… J’ai conservé de ce qui a suivi le souvenir du moment final où, a contrario de l’ambiance générale qui, cette année-là, semblait présider à la création officielle du Parc national des Cévennes, il avait émis certaines réserves – et, même, des réserves certaines – sur le projet, allant, si en haut lieu on ne tenait pas plus compte de l’avis des populations locales, jusqu’à évoquer les mânes des Camisards… La troisième rencontre s’est située quelques années plus tard encore et, en même temps, bien des années plus tôt puisqu’il s’est agi de ma découverte progressive, au long d’une longue recherche de doctorat – de ces doctorats d’État qui pouvaient, comme ce fut le cas du mien, durer plusieurs décennies. L’objet en était la politique culturelle du Front populaire et une partie de ce travail pionnier porta sur l’hebdomadaire Vendredi, dont Chamson avait été l’un des trois co-directeurs. J’eus alors le plaisir de recueillir le témoignage de Lucie Mazauric, qui m’apprit beaucoup sur l’atmosphère idéologique de l’époque et, en particulier, sur l’emprise de l’extrême droite dans les milieux des archives et des musées et sur la résistance – le mot surgissait, comme tout naturellement – d’une minorité républicaine. À partir de ce moment, j’ai commencé à découvrir la logique profonde, à la fois intellectuelle et sensible, qui avait présidé à cet itinéraire, au point de le transformer en destin. Le présent ouvrage éclaire cette logique et cette transformation, au travers des trois figures du résistant, du protestant et de l’écrivain, dominées par la valeur suprême de la Liberté. 7
Que l’on comprenne bien qu’être un résistant de l’An 40 – à l’instar, par exemple, de l’autre co-directeur de Vendredi, son ami et mon compatriote Jean Guéhenno – suffit à vous situer non dans la règle mais dans l’exception et qu’il y a quelque chose d’une métaphore éminemment romanesque dans la mission allouée à Chamson cette année-là de mettre à l’abri de la guerre et du Reich quelques-uns des chefs-d’œuvre du musée du Louvre. Que l’on comprenne bien, aussi, qu’il y a quelque chose de spécifique dans la situation intellectuelle de cet homme découvert par le public pour un premier roman magnifiant un déserteur idéaliste de 14-18 mais qui – parallèlement, là aussi, à l’évolution d’un Guéhenno – n’a pas voulu suivre une certaine radicalité pacifiste, celle-là même qui conduisit certains « pacifistes intégraux » à basculer dans la Collaboration. Ainsi cet officier de réserve de 1924 est-il cet officier d’active de 1939, avant d’être ce « commandant Chamson » qui, en août 1944, convainc de Lattre de mettre en place l’improbable brigade Alsace-Lorraine – contribuant ainsi à sortir André Malraux d’un attentisme troublant pour l’aider à revêtir l’uniforme, non moins improbable, du « colonel Berger ». Mais là où le romanesque de cette biographie prend un sens presque vertigineux, c’est quand un regard d’historien rappelle au lecteur que si c’est le mot de « résistance » qui, à partir de 1940, d’abord en terre française puis à l’échelle internationale, s’est définitivement imposé pour réunir l’ensemble de tous ceux et de toutes celles qui opposèrent un refus absolu non seulement, par patriotisme, à une domination étrangère mais aussi, par humanisme, à une domination totalitaire, c’est parce qu’une certaine communauté – minoritaire et, en tant que telle, longtemps persécutée – avait depuis longtemps résumé dans ce mot son refus de se soumettre à un pouvoir politique jugé par elle illégitime : les protestants. Le premier journal clandestin de ce refus initial a commencé de paraître en 1940 sous le titre Résistance, titre proposé par Yvonne Oddon : une bibliothécaire, travaillant dans un musée (de l’Homme : ça ne s’invente pas), de confession protestante, élevée dans le culte des déportées gravant dans la pierre de la margelle du puits de la tour de Constance le cri du cœur : résister ; et c’est à Chamson qu’on doit la définition qui permet de conjoindre la résistance de 1730 et celle de 1940 : « rester semblable à ce que l’on est jusque dans la défaite et jusque dans les fers. » Le rapport de notre homme à ses ancêtres huguenots s’est forgé, on le verra, tôt dans son enfance, mais il a survécu à un éloignement de la pratique et de la croyance pour se cristalliser en culte de la République, démocratique et laïque. Le républicain est aux premières loges du drame le soir du 6 février 1934 où, dans la rue, une masse d’extrême droite se retrouve à battre le pavé sur des mots d’ordre proches de ceux d’une minorité communiste, mais le 8
membre du parti radical fera partie de son aile gauche, ralliée au Front populaire sur la base du raisonnement : « ce qui nous menace est plus fort que ce qui nous sépare ». L’amitié Chamson-Malraux en devient moins surprenante. Reste que ce que le livre s’active à démontrer, c’est que de Roux le bandit à La Superbe, de L’Année des vaincus à Devenir ce qu’on est, ce type achevé d’intellectuel l’est parce que, depuis ses jeunes années, il s’est d’abord vécu comme écrivain, et que, pendant plus d’un demi-siècle, la société de son temps l’a reconnu comme tel. C’est l’essayiste, le mémorialiste et, plus encore, le romancier qui co-dirige Vendredi et qui prend la parole sept fois à l’Assemblée du Désert, qui est élu à l’Académie française en 1956 et que l’ancien colonel Berger nomme en 1959 à la tête des Archives de France. Et s’il doit rester présent au cœur du xxie siècle, ce ne pourra être que parce qu’il fera encore entendre sa voix singulière, comme soulevé au-dessus de lui-même par une exigence de liberté qu’aucune vicissitude ne fera jamais taire, conformément à la maxime du Puits des miracles – ce livre méconnu, « l’astre noir de l’œuvre de Chamson » et que l’auteur plaça sous l’égide de Job et d’Ézéchiel : « Les meilleurs se reconnaissent à l’espérance. » Pascal Ory 9
Écrivain Intellectuel Humaniste « Quels hommes sommes-nous devenus ? »
« J’ai donc toujours été dressé contre, rebelle, camisard, maquisard. Et si on me demandait de dire ce qu’a été ma recherche, mon espoir, je dirais que j’ai toujours cherché à travers les contradictions les voies et moyens d’établir un accord entre moi et le monde. » André Chamson, Il faut vivre vieux Né à Nîmes le 6 juin 1900, André Chamson grandit entre trois villes : Nîmes, Alès et Le Vigan. Son enfance est marquée par l’insécurité financière causée par les entreprises malheureuses de son père, mais aussi par la stabilité apportée par sa grand-mère maternelle. C’est elle qui lui transmet la foi protestante, les récits des Camisards et l’ancrage dans les Cévennes. L’Aigoual devient le territoire de son imaginaire. C’est dans les hauteurs cévenoles, au col de la Lusette, que Chamson est enterré en 1983, près de son épouse, Lucie Mazauric, décédée quelques mois plus tôt. La tombe, en retrait sur une corniche, surplombe la vallée de Taleyrac. Tout autour : l’horizon. Romancier, essayiste, conservateur du patrimoine, officier supérieur de la brigade Alsace-Lorraine, membre de l’Académie française, président du PEN Club international (avant lui, à ce titre, il y eut H. G. Wells, Jules Romains, Maurice Maeterlinck…), directeur des Archives nationales, Chamson a eu plusieurs vies. Il a traversé le xxe siècle en défendant des principes humanistes par son engagement intellectuel et dans une œuvre littéraire toujours rééditée, sans doute de façon trop confidentielle. Il n’est guère un auteur de folklore. Il y a du style sous sa plume et il lie les racines locales à l’idéal universel. Le dialogue avec les traditions refuse le conformisme, l’ancrage culturel nourrit sa détermination à résister, en prônant, dans chaque livre, la liberté. Le destin de cet écrivain prend son souffle dans une enfance montagnarde et s’épanouit à Paris avec les amitiés et les responsabilités – en temps de paix, en temps de guerre –, puis le monde « devient [sa] paroisse », car le destin national rayonne à l’étranger. De Roux le bandit, le premier roman publié à 25 ans, à Il faut vivre vieux, réflexion bienveillante publiée à titre posthume, en passant par Le Puits des miracles, le roman de la maturité coïncidant avec l’Occupation et la guerre, les mêmes convictions, généreuses et exigeantes, interrogent notre disponibilité à être ce qui fait de nous des hommes, et à vivre dans la dignité. Dessin de Paul-Émile Bécat, 1928. André Chamson, parcours d’un humaniste au xxe siècle 13
Les archives d’André Chamson En 2021, de la part de Frédérique Hébrard puis, en 2024, grâce aux petits- enfants de l’écrivain, la Bibliothèque Carré d’Art de Nîmes a reçu un don exceptionnel : des dizaines de cartons, des milliers de documents déjà en partie classés – n’oublions pas qu’André Chamson et Lucie Mazauric étaient un couple d’archivistes – des manuscrits, des lettres, des photographies, des dessins… ces trésors sont ainsi aujourd’hui conservés dans la ville natale de l’écrivain. Ces documents rejoignent, au cœur de la « réserve précieuse » de l’une des 54 bibliothèques municipales classées en France, les fonds d’un autre écrivain de renom, Jean Paulhan. Tout comme ce dernier, André Chamson n’est pas un écrivain régionaliste. Si sa postérité a pu souffrir de cette image, il s’était pourtant chargé de dissiper tout malentendu dans Devenir ce qu’on est : « Je n’ai jamais considéré mes romans comme des romans régionalistes. Je ne connais pas d’homme régional. En revanche, je sais que tout homme est de quelque part. Faut-il dire, une fois de plus, que rien n’est original que l’originel et que si l’universel ne se livre pas à nous à travers le particulier il risque de n’être jamais que l’ombre d’une ombre ? Aucun livre n’est régional si ce n’est les livres manqués. » L’engagement et l’écriture Cet héritage de Chamson, toute cette belle matière faite d’encre et de papier, permet de suivre la fabrication d’une œuvre littéraire originale et touchante. Grâce à ces archives de première main, nous revisitons aussi, à travers la vie d’un homme, la grande Histoire à laquelle il a participé. Il s’engage dans les débats publics, contre le fascisme, et co-fonde Vendredi, un hebdomadaire épousant les réformes du Front populaire. En 1935, on le voit à la tribune du Congrès des intellectuels pour la défense de la culture et, la même année, il prononce son premier « discours au Désert », au Mas Soubeyran ; la définition qu’il donne alors de la résistance est prophétique, magnifique aussi : « Et résister, c’est sans doute combattre, mais c’est aussi faire plus : c’est se refuser d’avance à accepter la loi de la défaite. Voilà l’exemple que nos Cévennes donnent à l’homme. Elles lui disent, par toute leur structure, par toute leur histoire, par toute leur humanité, que résister, c’est d’abord ne pas s’arrêter à la persécution, ni à la calomnie, ni à l’injure, puis, s’il le faut, que c’est combattre, et puis, vainqueur ou vaincu, que c’est résister quand même, c’est-à-dire rester semblable à ce que l’on est jusque dans la défaite et jusque dans les fers. » Pendant l’Occupation, il refuse toute compromission en même temps que le déshonneur. Il se met en retrait, ne publie rien. Mais il écrit toujours, dans l’ombre cette fois-ci, avant de prendre à son tour le maquis, puis de rejoindre la 14
brigade Alsace-Lorraine. À la Libération, c’est l’espoir d’une « renaissance », avant une rapide désillusion. Il prend du champ vis-à-vis de la politique. Il découvre qu’il a été écarté du monde littéraire. La reconnaissance renaît avec Le Puits des miracles (1945) et surtout avec La Neige et la Fleur (1951) puis Le Chiffre de nos jours (1954). Le récit autobiographique de son enfance rencontre un immense succès avant d’être traduit dans plusieurs langues. C’est la consécration, les honneurs suivent, des portes s’ouvrent, notamment celles de l’Académie française en 1956. « Il suffit donc d’arrêter la circulation des idées pour jeter les esprits dans la plus grande misère. » André Chamson, Le Puits des miracles Art et mémoire Serviteur des arts, il a œuvré auprès de Lucie Mazauric – les époux étaient tous deux des conservateurs du patrimoine – à la protection des collections du Louvre durant la guerre. Affecté au Petit Palais en 1945, il organise des expositions de grande envergure. En valorisant les chefs-d’œuvre du Louvre et en rendant hommage au « génie créateur » de la France, il tend aussi la main à l’ancien ennemi en montrant les « trésors des musées de Vienne » (1947) puis ceux de la Pinacothèque de Munich (1948). Nommé à la direction des Archives nationales en 1959, cet ancien élève de l’École des chartes interroge des périodes marginalisées de l’histoire telle qu’elle est alors enseignée, comme celles des persécutions contre les protestants à la suite de la révocation de l’édit de Nantes. Il travaille contre l’oubli, rendant hommage à ses ancêtres et il publie une série de romans réunis dans une Suite camisarde, soulignant ce thème qui lui est cher des enjeux de la mémoire face à l’Histoire, question toujours d’actualité. Car l’homme qu’il fut dans ses principes humanistes, tout comme son œuvre, méritent, précisément à notre époque, d’être redécouverts. « La véritable grandeur d’une œuvre est d’être annonciatrice de la vie et d’entraîner l’homme vers ce qui sera l’exemple et l’enseignement. » André Chamson, Fragments d’un Liber Veritatis 15
Chamson André
L’enfance et la jeunesse « J’ai joué dans les ruines d’un Empire et la poudre de ses marbres a coulé dans mes doigts d’enfant. » 1
De l’enfance jaillissent pratiquement toutes les lignes de force qui définissent la personnalité et une grande partie de l’œuvre de Chamson. Son rapport à la famille, à la région, à l’histoire et à la religion trouve sa source dans ces premières années passées dans les Cévennes. L’enfance de Chamson s’est partagée entre Nîmes, Alès et Le Vigan. Il est né avec le siècle en 1900, le 6 juin à Nîmes. Fils de Jean Chamson (1873-1919) et de Madeleine Aldebert (1878-1931), il doit cette naissance sous le crocodile et le palmier, symboles de la ville romaine, à une sorte de déviation dans une voie toute tracée. Son grand-père Jules Chamson (1836-1908), descendant d’une très longue lignée de Cévenols, est venu créer vers la quarantaine une usine de pâtes alimentaires à Nîmes, dans le quartier du Valgaron. Sans doute, pense Chamson, pour échapper à la pauvreté et suivre, au temps de la IIIe République, le principe de Guizot : « Enrichissez-vous ! ». Ses fils, dont Jean Chamson, le père de l’écrivain, participent à l’aventure. Mais cette fabrique brûle en 1902. Chamson a deux ans. Il n’a jamais regretté cette faillite qui l’a libéré d’un héritage encombrant et qui a permis un retour dans les Cévennes. Il était fier d’être né à Nîmes et pensera même a posteriori que son amour pour l’histoire a germé de sa naissance dans cette ville deux fois millénaire qui l’a sensibilisé au passage des siècles. Mais il est convaincu qu’en revenant dans la région de ses ancêtres, il a retrouvé le droit fil de son destin. La famille s’installe alors à Alès où Jean Chamson continue de tenter sa chance, mais cet infortuné industriel se lance dans des affaires incertaines qui créent une insécurité dont souffre l’enfant. Alès était alors, note l’écrivain dans son autobiographie, Le Chiffre de nos jours, « une ville rude où l’on vous tapait sur le portefeuille pour savoir qui vous étiez, une ville au cœur dur, la ville du Petit Chose1 ». La famille de Chamson n’est pas du tout pauvre, comme l’était celle d’un Guéhenno, par exemple, fils d’un ouvrier La maison natale de Chamson : la fabrique du Valgaron. Chamson en 1925, au moment où il publie Roux le bandit. 19
cordonnier, ou celle de Camus. Mais ses parents ont rudement payé le droit de passage récent du monde paysan à celui de l’entreprise. Ils « avaient été aspirés par la bourgeoisie et pourtant dédaignés par elle à cause de leurs échecs sur le plan matériel »2. Les embarras financiers de son père colorent donc toute son enfance mais le jeune Chamson partage ses rêveries et ses illusions qui le font grandir dans le monde de l’imaginaire. Ses parents lui donneront accès à la culture : ils pratiquent la poésie, sont abonnés à des journaux parisiens et à la collection des « Maîtres illustres du passé » où Chamson, enfant, découvre les tableaux qu’il sera plus tard en charge de conserver. Son père peint avec des amis dans les prés de Malivert et le garçon d’une douzaine d’années s’initie très tôt au monde des formes et des couleurs. Sa vie « est faite de soucis d’argent et d’espérances, d’humiliations et de griseries poétiques et colorées3 ». Il trouve la stabilité au Vigan, chez sa grand-mère maternelle, Sarah Aldebert (1845-1924), veuve depuis 1884. Il séjourne chez elle pendant toutes les vacances et l’année scolaire 1910-1911 à la suite de graves difficultés financières. Le décor change. « Enfant humilié » à Alès, il devient au Vigan « un petit seigneur de la montagne ». Le jeune Chamson, au milieu, avec son père, sa mère (dans l’encadrement de la porte), des tantes et des cousines. 20
« Je suis de ce pays autant qu’on peut l’être. Les miens l’ont habité depuis toujours. » André Chamson, Discours au Désert, 1935 La figure de Sarah Aldebert illumine son enfance. Seule survivante du « front des quatre » grands-parents, cette grand-mère apporte la sécurité et donne au petit André l’ancrage nécessaire. Il s’est, en quelque sorte, greffé sur le « rameau » maternel. Sa vraie maison n’est pas celle de la rue Mandajors à Alès mais celle du 11 rue de l’Horloge au Vigan. C’est le royaume de son enfance, la demeure où il s’est fait « une idée de ce que peut être un séjour que traverse le bonheur4 ». La grand-mère tient le monde extérieur à distance, mesure les êtres à d’autres aunes que leur richesse et, face à la ville du charbon et des banques, l’inscrit dans un monde paysan enraciné dans des traditions immémoriales et dans le réseau familial. Elle est aidée par Hippolyte Finiels (1849-1935) qui cultive à mi-fruit ses terres et sait calmer cet enfant nerveux et excessif ; le paysan lui raconte des histoires exaltantes, dans le parler cévenol que le garçon emploie couramment à dix ans et qui ouvrira ultérieurement la voie vers le provençal. Il évoque la guerre – l’année terrible 1870-1871 – mais aussi les travaux de la paix : surtout la construction d’une voie, grande entreprise humaine et collective que Chamson reprendra dans Les Hommes de la route. C’est aussi Finiels qui lui donne accès à la magnificence de l’Aigoual : « Il a été le Jacob, l’Abraham et le Moïse de mon enfance, le porteur des Tables de la Loi, celui qui savait À gauche de l’église, la rue de l’Horloge où se trouve la maison de Sarah Aldebert. 21
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