NATURE THIERRY VEZON
| 5 | NATURE Photographe gardois, mes lieux de prédilection sont situés près de chez moi, entre Cévennes et Camargue. Cependant, environ tous les deux ans, je fais un beau voyage avec des amis photographes, le but étant de partager notre émerveillement en témoignant de la beauté de la nature. J’ai eu ma période rose avec les flamants et les salins, puis ma période blanche et bleue avec la nature en hiver, en particulier le Grand Nord et ses ambiances glacées. Depuis quelques années, c’est le vert qui est devenu la couleur dominante de mes photographies, notamment avec la découverte des forêts tropicales du Costa Rica et d’Indonésie. Ce livre est né d’un désir de partager mon émotion devant la fragilité des paysages et des espèces sauvages liés à ces forêts tropicales ainsi qu’aux zones humides (wetlands). LES ZONES HUMIDES Les zones humides sont des terres recouvertes d’eaux peu profondes ou bien imprégnées d’eau de façon temporaire. Ce sont des milieux fragiles et indispensables qui figurent parmi les écosystèmes les plus divers et les plus productifs de la planète. D’innombrables espèces de plantes et d’animaux en dépendent pour leur survie. Un oiseau sur deux y vit. Les mangroves font partie de ces zones humides. Elles se composent d’arbres et d’arbustes résistants qui se développent dans les zones de balancement des marées. Véritables gardiennes du littoral, elles sont essentielles pour sa préservation, menacée par le changement climatique. Elles permettent de limiter l’érosion des sols, d’atténuer les effets des tsunamis, des marées hautes et de l’élévation des rivières. On compte en Indonésie près de trois millions d’hecta- res de mangrove. Cela représente un quart de la superficie de la mangrove sur Terre ! Les « arbres dansants » de l’île indonésienne de Sumba sont des palétuviers. Ils supportent l’ennoiement dans l’eau salée, vivent en colonies et composent ainsi des forêts amphibies, souvent denses. Le Kenya compte de nombreuses zones humides avec une biodiversité exceptionnelle. Si la réserve d’Amboseli est connue pour ses éléphants, ses zones marécageu- ses sont le refuge d’une impressionnante variété d’oiseaux, avec la présence de plus de 400 espèces. C’est la même chose avec le parc du Masai Mara, sanctuaire
| 6 | pour de nombreux félins. Ses marais sont un havre de paix pour les oiseaux. Les zones humides sont menacées : les scientifiques estiment que 64 % d’entre elles ont disparu de la Terre depuis 1900. En France, ce sont 50 % qui ont été perdues depuis 1960. Bien qu’elles jouent un rôle essentiel, plus de la moitié des mangroves de la planète sont aujourd’hui mises en péril par l’agriculture intensive et le changement climatique, entre autres. Ainsi, la photographie de la couverture de cet ouvrage ne peut plus se faire, une tempête extrême ayant mis à bas une partie de cette mangrove. Peut-être une lueur d’espoir : certains pays ont commencé à lancer des projets de réhabilitation de ces zones humides. LES FORÊTS TROPICALES Ce sont les forêts situées entre le tropique du Cancer et le tropique du Capricorne. Elles représentent 45 % des forêts du monde. Les trois principaux massifs forestiers tropicaux sont l’Amazonie, le bassin du Congo en Afrique et de larges pans de l’Asie du Sud-Est. Approximativement 50 % de la forêt tropicale se trouvent sur le continent américain, 30 % en Afrique et 20 % en Asie. Même si elles ne couvrent qu’environ 6 % des terres émergées, les forêts tropicales abritent plus des deux tiers de toutes les espèces terrestres. Elles jouent un rôle central dans le climat mondial, notamment en stockant d’importantes quantités de carbone. Pourtant, ces écosystèmes subissent de plus en plus des sécheresses prolongées. Le réchauffement climatique modifie les régimes de pluie. L’eau devient plus rare, même dans des régions autrefois très humides. Face à cette évolu- tion, les arbres doivent s’adapter rapidement pour survivre. Au Costa Rica, on rencontre une forêt tropicale de haute altitude : la forêt de nuages de Monteverde, située à 1500 m. C’est un lieu mystique. Certains arbres, immenses, s’enchevêtrent. Avec les lianes, les mousses et les nombreuses plantes, l’ensemble forme un tapis végétal qui semble impénétrable, plus encore lorsqu’il se nimbe de brouillard. C’est alors un régal de randonner à l’intérieur de cette jungle luxuriante, avec ses ambiances et ses bruits. La biodiversité du pays est très riche, tant au niveau végétal qu’animal. En effet, 5 % de toutes les espèces connues au monde sont présentes au Costa Rica, un pays grand comme la Suisse. Parmi elles, plus de 900 espèces d’oiseaux. En voici quelques-unes : Le Quetzal resplendissant. Oiseau mythique, oiseau emblème, le Quetzal est un bijou des forêts tropicales d’Amérique centrale, considéré comme un animal sacré
| 7 | par les anciennes civilisations du continent, notamment par les Aztèques. Le nom vernaculaire Quetzal fait référence au dieu pan-mésoaméricain, Quetzalcoatl, le « Serpent à plumes de Quetzal ». S’il figure sur les armoiries du Guatemala (et a donné son nom à la monnaie nationale), le Quetzal a pratiquement disparu des forêts guatémaltèques. C’est au Costa Rica qu’on en trouve une sous-espèce protégée, dans les forêts tropicales humides et nuageuses d’altitude, le Quetzal resplendissant. Les colibris. Ils sont omniprésents au Costa Rica, où plus de 50 espèces vivent et se reproduisent. Ils sont aussi appelés « oiseaux mouches », le plus petit d’entre eux ne pesant que 2,5 grammes, le plus gros 20 ! La grande majorité se situe entre 3,5 et 9 grammes. Leur métabolisme très actif les oblige à absorber chaque jour l’équivalent de leur poids, en plusieurs centaines de repas. Leur battement d’ailes est le plus rapide chez les oiseaux, jusqu’à 200 fois par seconde, et leur permet un vol stationnaire. C’est aussi le seul oiseau à pouvoir voler à reculons. La diversité et l’éclat des couleurs de leurs plumes sont exceptionnels : toutes les nuances de l’arc-en-ciel sont représentées. Les toucans. Contrairement aux minuscules colibris, ce sont de gros oiseaux à l’énorme bec coloré et aux plumes noires. Ils sont aussi parmi les oiseaux les plus connus du Costa Rica qui en abrite six espèces. Ils peuvent mesurer jusqu’à 63 cm, mais ne pèsent que très rarement plus d’un kilo. On peut les observer dans le Sud-Ouest, sur la côte Pacifique, mais aussi dans les forêts denses pour lesquelles ils jouent un rôle très important : lorsqu’ils se nourrissent de fruits, ils en régurgitent les graines (ils ne les digèrent pas) ; ils les éparpillent donc un peu partout, ce qui permet aux arbres de se multiplier. Les perroquets font également partie des animaux emblématiques du Costa Rica. Sur la côte pacifique, on retrouve les Aras rouges ou Aras de Macao. Ce sont de grands perroquets qui vivent dans les forêts tropica- les. Ils peuvent mesurer jusqu’à 86 cm et peser jusqu’à un kilo. Leur durée de vie moyenne est de 80 ans mais certains individus peuvent vivre jusqu’à 100 ans ! La côte caraïbe et le nord du pays forment le royaume des Aras de Buffon. Leur plumage est vert, leur queue rouge-orangée avec l’extrémité bleue. Ils mesurent environ 90 cm et peuvent peser jusqu’à 1,4 kilo. Ce sont les plus grands Aras du monde et ils peuvent vivre jusqu’à 60 ans. Oiseaux bruyants (même en vol), aux cris rauques, ils se nourrissent principalement de fruits et de graines et adorent les noix. Grâce à leur bec dur, ils n’éprouvent pas
| 8 | de difficulté à casser les coques. Ils vivent en groupes de 20 à 40 individus et lorsqu’un couple se forme, c’est pour la vie ! Les Aras de Buffon, tout comme les Aras de Macao, sont menacés du fait de la déforestation et du commerce de ces espèces. Le Costa Rica a échappé aux effets pervers du tourisme de masse. Mais son modèle écologique est menacé par le réchauffement, l’agriculture extensive — en particulier avec la production d’ananas et un taux de pesticide record — et la pollution des eaux. Espérons que le développement durable prôné par les pouvoirs publics, un plan climat ambitieux, des campagnes de sensibilisation et les programmes de reforestation seront effectifs afin que ce petit pays demeure longtemps encore un paradis pour la faune et la flore. De son côté, depuis une vingtaine d’années, l’archipel indonésien a perdu plusieurs millions d’hectares de forêts vierges à cause des plantations de palmiers à huile, bouleversant l’environnement du pays. L’Indonésie est le principal pays producteur d’huile de palme. La déforestation des milieux naturels affecte des espèces endémiques comme l’Orang-outan ou le Nasique. La moitié des forêts tropicales d’Indonésie ont disparu depuis 1960. Parmi les sites aisément accessibles, une petite partie de la jungle luxuriante est préservée à Bali, en particulier autour des nombreuses et magnifiques cascades. Nous vivons une période difficile pour la nature, l’optimisme n’est guère de rigueur. Dostoïevski écrivait : « La beauté sauvera le monde ». Peut-être pas, mais témoigner de cette beauté est un objectif en soi, non seulement pour procurer de belles émotions et susciter l’émerveillement mais aussi pour essayer d’éveiller les consciences. Thierry Vezon
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