Maison Rouge, une histoire de la soie en Cévennes

feuillets de son précieux texte enluminé (conservé à Notre-Dame du Puy-en-Velay). On peut y voir des crêpes de Chine, des cachemires brochés, des soieries sassanides et byzantines, des velours coupés… C’est dans le Midi (Languedoc, Provence, Comtat Venaissin, provinces d’expression occitane) que s’implantèrent les premiers ateliers travaillant la soie. Dès 1234, on trouve trace à Marseille d’exportation d’ouvrages de soie des Cévennes (opus sericum Savenarum). Par ailleurs, on sait qu’il y avait un commerce de tissus de soie à Alès en 1247 par une plainte de Guillaume Gobi, bourgeois du roi et gros négociant, contre le sénéchal Pierre d’Athis pour vol de seize draps de soie valant chacun quarante sous tournois. Les recherches de Sophie Desrosiers du CNRS consacrées aux draps de soie dits « d’areste » dont l’origine est espagnole, tendent à montrer que de la seconde moitié du xiie siècle au xive siècle il y aurait eu une production de ces draps en Languedoc, dans les centres de Montpellier et d’Alès. Il s’agissait de soieries médiévales dont l’armure était en chevrons et dont le nom aurait comme origine arista désignant au Moyen Âge les arêtes de poisson. Elle signale diverses mentions écrites notamment un pannum cericum operis de Alesto (pièce de soie fabriquée à Alès) vers 1300 et, dans un inventaire de 1311 du trésor du pape Clément V, des purpure de Alesto et des purpure de opere de Alesto (des pourpres d’Alès ou produits à Alès). Le langage de la soie en Cévennes Quelques éléments de vocabulaire paraissent nécessaires pour interpréter les premières attestations de la sériciculture française et cévenole. Le ver à soie est, on l’a vu, la chenille d’un papillon, le Bombyx mori pour les entomologistes ou Bombyx du mûrier. En occitan, cette chenille pouvait être désignée au xviiie siècle sous le vocable de bèba, ou beaucoup plus couramment de manhan ou manha, en vieux français « magnau » passé dans le langage moderne sous la forme de « magnan ». Pour l’abbé Boissier de Sauvages, l’étymologie de manhan serait dans le verbe manhar, vieux languedocien signifiant manger. Ce qui en dirait long sur l’appétit de la chenille ! Cette interprétation a été réfutée par certains auteurs comme l’agronome Adrien de Gasparin. Pour lui, « magnan » viendrait de mainagium, chose du ménage, de famille. Les vers à soie seraient la « mesnada ou mesnie », la famille, ou bien les « masnats ou maignats », c’est-à-dire les enfants. Manhanarièr ou manhagarièr est l’art d’élever les vers à soie tandis que le manhanièr ou la manhanièra sont les sériciculteurs et la manhagièira, francisé en « magnanerie », désigne le lieu où se pratique leur « éducation » (terme consacré pour désigner l’élevage des vers à soie). Au cours de son cycle, la chenille s’enferme dans son cocon de soie appelé fosèl, du latin follicellus et qui apparaît dans les actes du xive siècle sous la forme folellos ou follellorum qu’il ne faut pas confondre avec folelhis, feuille ou feuillage. Le ver à soie se métamorphose en chrysalide, babòt ou babòta en occitan, avant de devenir papillon. Les œufs du Bombyx, à l’aspect comparable à celui de la semence de diverses plantes, sont désignés sous le vocable de « graines de vers à soie » ou grana. Déjà dans les registres du xive siècle, les œufs de Bombyx sont appelés semen manhacorun ou semus manhator, littéralement semence de vers à soie, ou encore, grana babòtieira, occitan signifiant graine de Bombyx. Dans les textes des xiiie et xive siècles, apparaît le terme trahenderius ou trahendier. Dérivé du verbe latin trahe, is, ere, traxi, tractum qui signifie : traîner, entraîner, tirer à soi, attirer…, trahendier désigne un tireur de soie, celui qui produit un fil à partir de cocons. En occitan, l’art de filer la soie est lo tiratge, la fileuse la tiraira. Les soies grèges sont appelées au xive siècle des filhadis ; les marchands de soie sont des sediers. 21

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