Maison Rouge, une histoire de la soie en Cévennes

Avec ses conquêtes, l’islam allait ouvrir au monde musulman un vaste espace culturel et commercial dont l’axe était la route de la soie depuis la Chine des Tang jusqu’à l’Espagne. Contrôlant les voies terrestres et maritimes, les Arabes devinrent les maîtres de ce commerce et le califat de Bagdad l’un de ses principaux centres. Les besoins textiles grandirent pour satisfaire la cour de chaque calife qui, dès lors, assurèrent le développement de leurs propres productions de soieries. La soie en Europe Pour ce qui est de l’Occident, tandis que les ateliers impériaux byzantins continuaient leur production, c’est à Cordoue et en Espagne du Sud-Est – dont le centre textile était Almerìa – que se développèrent l’élevage du ver à soie et le tissage de la soie sur des métiers à la tire, dont la lointaine origine chinoise remontait à l’époque des Han, vers 200 av. J.-C. Il n’aura fallu « qu’un » millénaire pour que cette technique arrive en Europe : au xe siècle, sous la dynastie des Omeyade, les ateliers de tissage de la soie se multiplièrent à Grenade, Séville, Malaga, Saragosse et l’Andalousie devint la première grande région séricicole d’Europe. En Sicile aussi, passée sous la domination musulmane, la sériciculture implantée par les Byzantins se développa. De Sicile, le travail de la soie gagna la Toscane et sa capitale Lucques devint le premier grand centre de la soie en Italie. On comptait dans cette ville, au début du xive siècle, plus de 2000 métiers que la seule soie produite en Sicile et en Calabre ne pouvait suffire à faire fonctionner. Par l’intermédiaire de Gênes, Lucques s’approvisionnait en soies jaunes provenant des rives de la mer Caspienne, et en blanches de Chine. En 1314, une mise à sac de la ville de Lucques provoqua l’émigration de nombreux tisserands à Venise, plaque tournante du commerce avec l’Empire byzantin, où une tradition de tissage de la soie existait déjà. Venise devint alors un grand centre de production et de négoce de soieries, réputé pour ses velours coupés. Gênes, à la même époque, se spécialisa dans les velours ciselés. Florence enfin, fameuse pour ses tissus de laine, profita aussi des émigrants lucquois au début du xive siècle. La ville se concentra sur les brocarts d’or et d’argent. Bologne et Milan surent quant à elles tirer profit de la guerre opposant Lucques à Florence. Une implantation cévenole ancienne Sous la dynastie carolingienne, souverains, évêques et dignitaires firent usage de soieries. Dans ses écrits, Théodulf (750-821), évêque d’Orléans, proche de Charlemagne et ardent défenseur de l’école, mentionne « les draps de soie, les ivoires de l’Inde, les cuirs de Cordoue, les figures de griffons de l’Asie, envoyés par l’Arabe pervers, que l’on pouvait acheter dans les marchés d’Arles ». C’est le même Théodulf qui apporte la preuve de cette extraordinaire circulation des textiles du monde entier à cette époque. Selon l’usage, il avait choisi une soixantaine de morceaux de tissus « orientaux » qu’il avait fait relier comme intercalaires entre les De Bombyce, « Le ver à soie » « Filles de Sérius*, gloire de ma patrie, Célébrez avec moi les mœurs et l’industrie De l’insecte rampant, qui, du fil le plus beau, Ourdit ses réseaux d’or et se tisse un tombeau. » Premiers vers de De Bombyce de Marc-Jérôme Vida**, Rome, 1527 (et Lyon 1536). Le ver à soie, traduction de Matthieu Bonafous, Paris, 1844. *Sérius est un personnage imaginaire à qui Vida attribue l’introduction du ver à soie en Italie. **Marc-Jérôme Vida (1485-1566) est un écrivain, poète et humaniste italien de la Renaissance, évêque d’Alba. 20

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