| 7 | tendrement verte au début de l’été, apaisante tache de nature presque beauceronne. Flamants, ibis, cigognes, des milliers d’oiseaux, dont certains sont des nouveaux venus en Camargue, convoitent les grains de riz à peine semés et tous les insectes et les vers auxquels les labours permettent d’accéder… faisant le désespoir des riziculteurs et la joie des ornithologues qui trouvent en Camargue une terre propice à leurs études. À la fin de l’été, une mer d’épis se confond avec les roselières, ondulant dans l’immensité des horizons infinis. Le sel enfin est à la fois la grande menace, venue de la mer et de la terre, qui s’insinue partout, poison quand il fait fleurir de blanches efflorescences qui stérilisent les sols, et une bénédiction lorsqu’il est dompté. Une civilisation du sel est née en Camargue. C’est elle que Thierry Vezon sublime par ses féériques photographies de marais salants. LA CIVILISATION DU SEL Les saliniers sont les moissonneurs de la mer. Ils récoltent, dans les marais salants d’Aigues-Mortes comme dans ceux de Salin-de-Giraud, d’innombrables trésors indispensables à la vie de l’humanité : le sel marin qui nous est vital, la fleur de sel, joyau de la gastronomie qui éclot au cœur de l’été pour orner les meilleures tables, mais aussi les précieuses molécules contenues dans l’eau de mer, devenues indispensables à la transition écologique. Elles sont extraites de ce qu’on appelle les eaux-mères (ce qui reste une fois le chlorure de sodium récolté). Les marais salants sont construits comme d’immenses escargots, avec un réseau de casiers communiquant entre eux par un système complexe de vannes et de portes coulissantes, les martellières. Les Salins du Midi puisent ainsi, à l’aide de grandes roues, l’eau de la Méditerranée pour l’étendre sur de vastes superficies étales, où elle est livrée à l’évaporation. Le soleil et le vent sont les meilleurs amis des saliniers, qui redoutent au contraire la pluie et l’inondation non maîtrisée. Au cours d’un long voyage de plus de quarante kilomètres, les gouttes d’eau se déposent dans des cristallisoirs, où elles revêtent mille livrées différentes en fonction de leur concentration en sel et en d’autres éléments minéraux : chlorure de magnésium, sulfate de sodium, bore… Omniprésents dans notre vie, ces minéraux nous permettent de fabriquer des médicaments, de déneiger les routes hivernales, de fertiliser les champs, de produire du savon, d’adoucir l’eau, de teindre les textiles… il existe ainsi 14 000 utilisations différentes du sel et de ses dérivés ! Ces laboureurs de l’écume que sont les saliniers possèdent un savoir-faire qu’ils se transmettent de génération en génération, avec la fierté de dynasties venues du monde entier : ils sont Grecs, Italiens, Arméniens, Maghrébins, et même Indochinois, réquisitionnés lors la Seconde Guerre mondiale pour les rizières et les fabriques d’explosifs. De nombreuses communautés ont ainsi fait souche dans le creuset camarguais, trouvant dans ces marécages du bout du monde une terre d’accueil dont ils ont épousé les traditions sans renier leur culture. Les paysages qu’ils façonnent de la manière la plus écologique qui soit sont féériques et intrigants, alliance de couleurs et de formes surgies de l’imagination d’un peintre de la nature. Grâce à eux, la Camargue, l’été,
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