L’art d’élever les vers à soie et de dévider leurs cocons vient de Chine où on le pratique depuis la plus haute Antiquité. Légendes, mythes et traditions racontent comment fut découvert le principe du tirage des cocons, comment le secret de cet art fut jalousement gardé dans cette Chine qui fit de ce matériau sa principale richesse, commercialisant à prix d’or ses soieries, comment enfin ce secret sortit du « pays des Sères », pour gagner les provinces voisines et enfin l’Occident. Tout ce légendaire, qui confine à la mythologie, atteste combien la soie, sa production, son tissage ont fasciné les Chinois. Depuis des millénaires, les activités qui y sont liées jouent un rôle économique de premier ordre et ont marqué la culture de l’empire du Milieu. La soie est entrée dans le panthéon chinois par le biais d’empereurs et d’impératrices qui y ont été célébrés pour leurs découvertes ou actions en la matière, mais aussi pour toute la symbolique qui se dégage des métamorphoses successives d’un processus conduisant d’un papillon, qui n’a rien pour attirer le regard, aux soieries les plus chatoyantes. Dans ses Routes de la soie, Jacques Anquetil rapporte quelques-unes de ces légendes dont celle, parmi les plus célèbres, du mariage de deux divinités : le Bouvier et la Tisserande. « D’un côté le principe masculin, le printemps et l’été, les saisons où les hommes travaillent aux champs ; de l’autre, le principe féminin, l’automne et l’hiver, des saisons où les femmes tissent la soie. La Tisserande est l’étoile “alpha” de la constellation de la Lyre. Elle représente le métier à tisser. Toute l’année, elle tisse assise sur le bord du “fleuve céleste” de la Voie lactée. De l’autre côté se situe la constellation du Bouvier. Celui-ci, attelé au chariot de la Grande Ourse, laboure son champ. » La légende fondatrice Les fouilles archéologiques chinoises mettent souvent à jour dans les maisons, palais et temples, des statuettes d’une jeune fille revêtue d’une peau de cheval, déesse protectrice du ver à soie et du mûrier. La légende raconte qu’une jeune fille déprimait en l’absence de son père retenu prisonnier par une tribu voisine. Elle ne trouvait de réconfort qu’auprès de l’étalon de son père. Désireuse de voir sa fille recouvrer santé et désir de vivre, sa mère promit de la donner comme épouse à celui des jeunes gens qui ramènerait le prisonnier. Aucun n’y parvint. Le cheval qui devenait de plus en plus nerveux rompit ses liens et s’enfuit une nuit pour revenir monté d’un cavalier qui n’était autre que le père de la jeune fille. Elle retrouva sa gaieté ordinaire. Mais l’étalon, lui, devenait de plus en plus farouche, ruait sans que quiconque puisse l’approcher. Alors, la mère se souvint de son serment et raconta l’histoire au père qui tua le cheval, le dépeça et étendit la peau à sécher. La jeune fille se promenait à proximité de la dépouille de 13
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