l’animal quand un vent violent se leva brusquement, l’enveloppa dans la peau du cheval et les fit disparaître tous deux dans les nues. Quelque temps après, quelle ne fut pas la surprise des parents en découvrant la peau de l’animal accrochée aux branches d’un mûrier et leur fille métamorphosée en chenille à tête de cheval qui, en proie à un appétit insatiable, dévorait les feuilles de l’arbre et grossissait à vue d’œil. Elle grossissait tant qu’elle dut muer plusieurs fois puis, cessant de prendre toute nourriture, elle sécrétait par la bouche un fil continu dans lequel elle s’enveloppa. Quelques jours plus tard, les parents ne trouvèrent plus sur le mûrier que l’enveloppe percée et vide, la peau du cheval aussi avait disparue. Mais la jeune fille leur apparut resplendissante dans les nues, chevauchant l’étalon devenu ailé. Elle leur expliqua qu’elle avait maintenant sa place parmi les déesses en tant que protectrice des arts de la soie qu’elle leur enseigna, celui d’élever les chenilles comme celui d’extraire la soie des cocons qu’elles produisaient, avec pour mission de les transmettre à leur tour. Depuis lors, on vénère et prie dans les maisons les statuettes qui en perpétuent le souvenir. La légende populaire Le livre des Odes de Confucius raconte la découverte du principe de production d’un fil de soie par la princesse Si-Ling-Chi, à partir d’un cocon. Les vers à soie à l’état sauvage vivaient dans les mûriers et y confectionnaient leurs cocons. C’est un de ces cocons qui serait accidentellement tombé dans la tasse de la princesse en train de consommer une boisson chaude. Et c’est en voulant extraire l’intrus de sa tasse, en essayant de l’accrocher avec ses ongles, que la princesse aurait tiré un fil arachnéen. La filature était née, qui devait donner à la Chine un atout économique pour des siècles. Le peuple voua à cette princesse une reconnaissance éternelle en l’élevant au rang de divinité protectrice de la sériciculture et des arts soyeux. Dans le panthéon céleste chinois, elle règne dans la constellation du Scorpion ou maison des vers à soie. Si-Ling-Chi n’était autre que la jeune épouse du premier empereur mythique, l’Empereur Jaune, Hoang-Ti qui vivait vers 2700 av. J.-C., comme le confirment des chroniques écrites vers 2600 av. J.-C. Des fouilles archéologiques récentes ont permis de découvrir, dans des tombeaux proches du lieu de sépulture de l’empereur Hoang-Ti, des fragments de soierie très fine de couleur or et argent. Dans d’autres régions de Chine, on avait déjà trouvé dans les années 1950 des morceaux de tissu de soie que les méthodes de datation au carbone 14 permettaient de situer au troisième millénaire avant notre ère. Dames de cour préparant une soie tout juste tissée. Dynastie chinoise des Song du Nord, début du xiie siècle. Photograph © 2026 Museum of Fine Arts, Boston. 14
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